Textes divers

Blanche

Ma Blanche,

À toi, au cœur plus dur que les ronces polaires,
À toi, dont je souhaite oublier l’absence,
Je peux te le dire, aujourd’hui, c’est la fin. Notre fin.
Ici, dans la Taïga, aux confins des territoires humains, tous les chemins cessent. J’ai perdu ma route, celle qui menait vers toi. Imagine-moi, accroupi dans la neige, blanche, le dos voûté sur le papier, blanc, pour ne pas risquer de voir mes doigts geler. Ils sont déjà blancs. Je suis bien là ! Pâle figure dans un pâle décor, torturé par le froid, mais plus encore par ton abandon.
Comme cette image doit te plaire et te contrir, toi, toute de griffes et de velours diaphane.
Tout dans ce décor te rappelle à moi et la cruelle beauté de la Taïga n’a rien à envier à la tienne : sauvage, féroce, sombre ; enivrante, blanche, immaculée.
Pourtant, même la pureté laiteuse de la neige ne se mesure pas à celle de ta peau. Comme me manque la fraîcheur de tes baisers.
Blanche, tu m’avalanches.

Quand j’ai enfin atteint le col de la montagne, il y soufflait un vent furieux, rempli de neige, me privant de mes seules guides, les étoiles.
Ici même la nuit est blanche, même les flammes de mon feu sont pâles et froides.
À perte de vue : des nuances d’albâtre. Et l’absence de toi.
Mais demain ce sera le retour de la nuit polaire et, avec elle, de son monde féerique d’étoiles, de sa lune d’argent poursuivant sa course dans le silence du crépuscule.
Ce sera le soir des aurores boréales. Alors, je m’immiscerai dans une de ces aurores. Je m’échapperai dans ce monde de fantaisie et d’imagination.
Il n’y aura plus de forme. Plus tes formes.
Rien qu’un ruissellement de couleurs, d’argents, de violets, de rouges sang, de verts palpitants, de bleus apaisants.

Et, quittant les blanches ténèbres dans lesquelles tu m’as plongé, je retrouverai la couleur.

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