

Si vous n’étiez pas de ces rêveurs qui errent en ville le nez pointé vers le ciel et les yeux rivés sur les nuages, si vous n’étiez pas de ceux qui laissent leur regard et leur esprit vagabonder, vous ne l’auriez sans doute pas remarquée la petite librairie de la vieille rue Tebeuf.
Flanquée de deux hauts immeubles, la modeste boutique ne se distinguait que par son enseigne rouge perchée à la fenêtre du deuxième étage. Les années et les pluies en avaient écaillé les lettres dorées où un passant tête en l’air aurait encore pu déchiffrer, tracé en belle cursive : « Le Temps Perdu ». Les fenêtres en ogive, jaunies par le temps, ne nous permettent malheureusement pas de deviner l’intérieur de l’échoppe.
La rue Tebeuf avait hébergé tous les commerces auxquels le temps n’avait rien pardonné : un disquaire, un loueur de DVD, un bureau de télégraphe. Mais au milieu de ces façades fantômes, d’avides lecteurs poussent encore la porte de l’inébranlable librairie dont le carillon laisse échapper un « dling » retentissant, comme pour dire merde au temps qui passe et ne parvient pas à la faire taire.
Et les bibliophiles de tout genre et de tout âge se passent le secret bien gardé de cette librairie. Car oui, la discrète échoppe recèle un secret. Un secret qui fleure bon l’aventure, la poussière et le papier. Un mystère qui n’attend que d’être lu.
« Lequel ? » vous demandez-vous.
Attendez l’ouverture et ne soyez pas trop pressés.
Une bonne histoire s’apprécie une page à la fois.